World Press 2018, le choix du spectaculaire ?


A propos du World Press 2018 : Caracas, 3 mai 2017, au cours de heurts entre la police anti-émeute et des manifestants venus protester contre le projet de réforme de la constitution voulue par le président Nicolás Maduro, José Victor Salazar se transforme en torche humaine après l’explosion du réservoir d’une moto de la garde nationale.
Le photographe Ronaldo Schemidt était sur place pour l’AFP.

Le cliché vient d’être désigné Photo of the Year au World Press Photo (et premier prix dans la catégorie “Spot news” en 2017).

Cette année, le World Press, c’est 73 044 images envoyées par 4 548 photographes de 125 pays.

La présidente du jury, Magdalena Herrera (Geo France), explique que « la photo de l’année doit raconter un événement. Elle doit aussi soulever des questions… Elle doit nous parler et montrer un point de vue sur ce qui s’est passé dans le monde cette année. C’est une photo classique mais elle a une énergie et une dynamique instantanées, des couleurs, du mouvement et elle est très bien composée. Elle a de la force. »

Télérama : « Dès 1955, les prix ont été attribués, du moins dans les premières années, à des images de news qui relataient les événements au plus près de leur réalité. Depuis l’année dernière, les choix privilégient l’événement par rapport au regard. On peut le regretter, sans, bien entendu, nier le talent des photographes d’agence. Etre au bon moment, au bon endroit, avoir le réflexe de déclencher à l’instant le plus opportun pour une image forte. Ce sont là les qualités que l’on demande à ces photographes, notamment ceux des agences de presse comme l’AFP, AP ou Reuters. Chroniqueurs infatigables des soubresauts du monde, ils le font avec conviction sans hésiter à prendre des risques et à mettre leur vie en jeu »

Il y a 30 ans, à la fin des années 80, les Jurys des World Press récompensaient un type de reportage où les diffuseurs, journaux, magazines et autres quotidiens, demandaient aux photographes de porter un regard personnel, différent, sans obligatoirement verser dans une dimension spectaculaire, révélant une situation dans un contexte, différents acteurs, les forces en présence etc.
On validait le regard de l’auteur.

Que s’est-il passé entre temps ? Pour quelles raisons les journaux ne produiraient-ils plus ce genre de reportage ?
En tout cas, si ces reportages ne sont plus récompensés par les jurys du World Press, pourraient-ils disparaître ? Nous aurions alors dans nos pages des représentations du monde absolument formatées et identiques.

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A propos du photographe : Ronaldo Schemidt a 46 ans. En 2000 il quitte le Venezuela, comme de nombreux autres jeunes de sa génération. Résident au Mexique, en 2017, pendant deux mois, il a été envoyé par l’AFP couvrir les manifestations dans son pays natal.
A propos de l’image primée il répond à Polka : « « Je me tenais de dos à quelques mètres. Quand j’ai senti la chaleur des flammes, j’ai pris mon appareil photo et je me suis retourné pour commencer à photographier ce qui venait de se passer. Tout a pris quelques secondes à peine. Je ne savais pas ce que je prenais. J’ai été guidé par l’instinct, c’était très rapide. Je n’ai pas arrêté de déclencher avant de réaliser ce qui se passait. Il y avait quelqu’un en feu qui courait vers moi ».